Archives pour la catégorie fatras

textes (à peu) autobiographiques

en train, 2017

Les indications entre crochets visent à faciliter la lecture. Les trois points entre crochets signalent des coupures dans le texte de départ.

16/01/17, 20h30, hôtel Kyriad face à la gare, Rennes

C’est un carnet petit format (A5), couverture rigide, épaisses, et spirales, papier recyclé – le logo est à chaque page -, offert par Open éditions lorsque pour eux, j’ai évalué une revue afin d’aider à décider si oui ou non cette revue pouvait être hébergée sur revues.org. Ça fait partie de mon boulot. J’ai reçu à mon domicile les trois derniers numéros imprimés, un stylo bille bleu, et ce carnet. Il comprend entre 60 et 70 pages. Je n’ai pas compté, ce n’est pas indiqué. C’est un carnet, c’est une contrainte. À chacun de mes déplacements professionnels, l’avoir sous la main et brique après brique, le remplir. S’obliger chaque fois à noter ne serait-ce qu’une ou deux lignes. Ce n’est pas un journal. C’est un carnet de notes en mouvement. Continuer la lecture de en train, 2017 

user un corps

Je compte bien vivre encore un peu. J’ai des envies, des projets. Retourner à Bure. Revoir Enfance sauvage en concert, Emma Pils, les Dead Boobs. Des lieux où me rendre et des personnes avec qui refaire le monde jusque tôt le matin, si la fatigue n’est pas trop forte… Des forêts et des rivages où me perdre. M’allonger au soleil. Marcher sous la pluie. Tous ces livres à lire et à relire. Apprendre quelques poèmes, écrire d’autres textes. Oui, j’ai encore de quoi faire. Je saurai même y prendre du plaisir.

Et il y a le gamin bien sûr. Le gamin compte plus que tout le reste maintenant.
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depuis le 13 novembre

sur quelques conséquences personnelles et parfois non prévisibles des massacres parisiens

depuis le 13 novembre j’ai arrêté la pornographie en ligne et ne regarde plus en me masturbant les scènes de torture tarifée que l’on peut voir par milliers sur xhamster ou youporn, l’une des dernières que j’ai pu voir était un gangbang allemand de taille réduite, cinq types sur une femme et les mecs portaient des préservatifs ce qui est plutôt rare, plutôt bienvenu, et après avoir éjaculé dans leurs capotes, les mecs maintenaient vers l’arrière la tête de la femme blonde et vidaient le sperme dans sa bouche pour qu’elle avale et ça ne voulait rien dire, personne ne peut prendre de plaisir à cette situation à part des mecs capables de traiter des femmes comme de la viande, c’est comme ces scènes absurdes de fellation où le mec debout pince le nez de la femme pour l’empêcher de respirer, ça ne ressemble à rien, je me suis pourtant branlé devant ça, et j’ai arrêté donc. Continuer la lecture de depuis le 13 novembre 

rien à attendre

et lorsque ma femme me demande si le moral ça va mieux j’ai le casque et fais semblant de ne pas entendre et elle n’insiste pas elle sait que j’écoute souvent très fort de la musique violente et puis je ne souhaite pas lui mentir je ne lui dis pas tout ça ne sert à rien de tout dire ce serait comme vouloir tout écrire ce serait destructeur pour elle pour mon gamin pour moi évidemment je ne lui dis pas tout mais je ne lui mens pas est-ce que ça va mieux ? je ne tremble plus je ne pleure plus Continuer la lecture de rien à attendre 

des heures comme maintenant – improvisation 4

j’ai lutté des années entières / je me suis battu comme un chien / contre les flics et les médecins / les contrôleurs / les autorités et les uniformes / contre tous ceux qui prétendaient dicter ma conduite / j’ai lutté des années entières contre la médiocrité / la mienne en premier lieu / contre la phallocratie / le machisme ordinaire / la violence masculine permanente / la mienne en premier lieu / l’instinct de viol / l’instinct de propriété / toutes les bêtises qu’ont peut lire et entendre sur l’instinct… / ça n’existe pas / tu es dressé.e c’est tout / tu apprends à te comporter comme tu es censé.e te comporter / et c’est fou comme ça marche bien / depuis si longtemps / il suffirait de ne pas y penser / de penser à autre chose / il suffirait de se laisser distraire c’est vrai et tout / tout serait beaucoup plus confortable Continuer la lecture de des heures comme maintenant – improvisation 4 

I’ll be fine…

et je n’arrive plus à parler et je n’arrive plus à sourire et je n’arrive plus à jouer comme il conviendrait la comédie du père du mari du chercheur et je prends mes petites pilules roses matin midi et soir et je ne prends plus d’alcool parce que déjà je dors quatorze à quinze heures par jour et il me faut une à deux heures pour émerger avant de ressombrer de suite et ça commence à agacer ma femme et ça commence à inquiéter mon fils jamais ils ne m’ont vu comme ça et j’aimerais expliquer mais je ne peux pas tout dire je sais juste que je suis détruit cela fait très exactement quinze jours que je suis détruit Continuer la lecture de I’ll be fine… 

Patriarcat, pulsions et pilules roses

Essai de réponse à une amie qui ne comprend pas pourquoi j’en veux aux hommes. Puis ça dérape…

Lorsqu’il m’a demandé si j’avais des pulsions suicidaires, oui, je crois que c’est l’expression qu’il a utilisée, il n’a pas parlé d’envie de mourir ou d’envie de mettre fin à mes jours, il a parlé de pulsions suicidaires, et au pluriel, comme si on pouvait souhaiter mourir plusieurs fois et j’ai spontanément répondu non mais c’est parce que la question était mal posée. Les pulsions sont ce qu’il y a de pire en nous. Les pulsions masculines – dont je ne crois pas dix secondes qu’elles soient innées, naturelles ou universelles mais dont je sais au contraire qu’elles sont des constructions sociales qui se maintiennent d’autant plus facilement qu’elles profitent aux hommes et confortent leur domination – sont le viol et la violence. Et l’ambition n’est guère qu’une forme domestiquée de ces pulsions dans la mesure où la réussite professionnelle élargit le champ possible des conquêtes sexuelles – que l’on parle de conquête n’est pas anodin, il y a les chasseurs d’un côté et les proies, la viande de l’autre – et rend socialement acceptable le mépris de classe le plus abject. Continuer la lecture de Patriarcat, pulsions et pilules roses 

il n’y a plus rien – improvisation 3

paris 17 novembre 2015 je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée parce qu’en improvisant on écrit n’importe quoi n’importe comment et on peut blesser des gens aussi blesser des gens qu’on aime et ce n’est vraiment pas ce que je souhaite faire là tout de suite maintenant mais je n’ai pas l’impression d’avoir le choix, si je ne n’écris pas autant crever tout de suite parce que là tout de suite maintenant je n’ai plus rien, je n’ai plus envie de rien, ma carrière des articles des bouquins des colloques des projets faire carrière, oui, rien à foutre, c’est grotesque, dérisoire, mon frère est à dublin et il me dit que ça doit être bizarre paris, il n’arrive pas à imaginer, il m’écrit ça samedi et je lui réponds qu’il n’y a plus de paris, il n’y a plus rien Continuer la lecture de il n’y a plus rien – improvisation 3 

années meurtrières

Les années 80 furent meutrières

Lorsque je discute avec mes jeunes camarades et qu’on aborde les années 80, les mêmes formules reviennent sans cesse et dans leurs esprits, les années 80 étaient rigolotes. La musique. Les fringues, les coiffures, les couleurs. Ils et elles ont vingt-cinq ou trente ans et si je leur demande combien de fois ils ont enterré de gens de leur âge, la réponse est souvent zéro, dépasse exceptionnellement l’unité.

On crevait d’ennui en ces années et on préférait se tuer en bagnole ou se pendre à vingt ans et celles et ceux qui passaient entre les gouttes ont pu tranquillement passer à l’héroïne ou au sida. Ce fut un massacre. En 1989, à dix-huit ans, j’avais cinq ami-e-s sous terre et c’était une petite ville tranquille… Continuer la lecture de années meurtrières