Les bérurier sont les rois / en 1983

La bataille de Pali-Kao est l’un des rares albums indispensables que je connaisse, l’un des seuls que j’écoute depuis plus de 20 ans et, toujours, je réagis de la même façon. Quand arrive « Les béruriers sont les rois », je monte le son. Quand arrive la première version de « Lobotomie hôpital », je monte le son encore et il y a longtemps que, sans m’en rendre compte, je hoche la tête avec le sourire, je tape des pieds, j’ai l’impression qu’il ne peut rien m’arriver. Ce qu’ils ont fait après, je respecte mais n’écoute plus depuis longtemps. Si, à la limite, « Porcherie » en live, quand on est saoul et en meute, ça passe, ça défoule mais seul chez soi, ça ne veut plus rien dire. Tandis que « Lobotomie ». Ou « Les bûcherons »…

Le son est sale, la voix approximative, la boîte à rythme réglée a minima – excepté pour les trois derniers morceaux où Gaboni des Lucrace Milk est à la batterie – et deux ou trois accords de guitare bon marché constituent le maximum technique atteint. Et c’est très bien comme ça : que celles et ceux qui ne comprennent pas retournent écouter leurs CD de Pink Floyd ou de Dire Straits et s’extasient sur la pureté du son, la profondeur des harmonies et que sais-je encore…

« Je hais le pouvoir et je hais les ordres, je hais les lois et je hais la force, je ne suis qu’un survivant » (Manifeste). Difficile d’être plus clair, plus explicite. Ils ne font pas les malins, ils ne font pas de grandes phrases. Ils leur arrivent d’être drôles – les bûcherons m’ont toujours fait rire – mais le temps du cirque punk ambulant n’arrivera que quelques années plus tard.

J’habite aujourd’hui à deux pas de la rue Pali-kao – c’est là que mon gamin a appris à faire du vélo, que nous allons jouer au foot avec ses copains. Aucune plaque commémorative n’existe et c’est très bien ainsi. Il n’y a plus guère de squats dans les environs, exceptée la Miroiterie rue de Ménilmontant. Il ne reste rien dans le paysage de ce moment-là. Il ne reste rien dans le paysage du début des années 80 et, là encore, c’est très bien ainsi.

Je sais, les bérus ont continué, les bérus se sont même reformés il y a une petite dizaine d’années, je me souviens l’article de Virginie Despentes dans Rock&Folk – et s’ils y arrivaient ? et si une reformation pouvait être chose qu’une machine à pognon, si une reformation pouvait être un acte libre… -, mais ce n’était plus mon histoire. La bataille de Pali-kao est un classique.

Paris, septembre – octobre 2013

beru

 

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