pas à me plaindre

je n’ai pas à me plaindre c’est vrai
si l’on réfléchit bien je n’ai vraiment pas à me plaindre
un boulot passionnant
sans horaire
sans patron
sans petit chef et plutôt bien payé
– mieux payé que tous mes boulots précédents toujours –
un boulot où je choisis quand et avec qui je bosse
et je ne choisis que des personnes que j’apprécie
le boulot franchement
pas de quoi se plaindre
pas de quoi me plaindre et je ne me plains pas
je vais même au boulot avec plaisir et souvent je m’amuse
en temps normal souvent je m’amuse
et je ferai tout pour que ça dure le plus longtemps possible

et la vie quotidienne n’est pas mal non plus
ça a été bien pire très longtemps
rappelle-toi
relativise un peu
la vie quotidienne est plutôt confortable c’est vrai
plutôt agréable
non vraiment je n’ai pas à me plaindre
un super appartement dans un quartier vivant
mélangé
populaire
un quartier que les bourgeois n’ont pas encore envahi
les trottoirs y sont sales et les gamins bruyants
un quartier vivant
avec une super librairie à deux pas de chez moi
la vie quotidienne
le logement
le quartier
tout ça
je ne me plains pas
en temps normal j’en profite même

j’ai la chance d’avoir des amies précieuses
et je n’en parlerai pas ici…

j’ai la chance d’avoir un gamin adorable
curieux
équilibré

j’ai la chance d’avoir une femme qui est sincère lorsqu’elle me dit je t’aime et
je ne sais pas comment elle fait
je ne sais pas comment elle y parvient et
je ne pose pas de questions
ma femme est sincère lorsqu’elle me dit je t’aime et je ne comprends pas

je ne m’aime pas
ça fait longtemps que ça dure
je me suis habitué
je fais avec
c’est plus pesant parfois c’est tout
je ne me plains pas
c’est juste que je ne me supporte pas en ce moment
je ne me supporte plus dans cette vie

je n’aime pas mon corps
ma voix
ma peau
mes peurs
je n’aime pas mes formules à l’emporte-pièce
mon agressivité
mon envie de tout détruire
de tout envoyer promener
je n’aime pas mes dépendances
je n’aime pas ma timidité
mon arrogance
je n’aime pas ce que je fais de ma vie
et n’ai plus envie de rien

je ne me plains pas c’est juste que les pères de famille qui se suicident
longtemps je refusais de l’admettre et là
je commence à comprendre
je ne l’envisage pas mais je commence à comprendre

décembre 2015, Behonne / janvier 2016, Paris

NB : juste pour rassurer Isabelle S., ceci est une fiction. Enfin, ce que j’appelle une fiction : du quotidien exagéré…

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