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Tentative touristique

Il faut écrire au moment où ça se passe. Au moment même. Faire le plus court et le plus précis possible. Après c’est perdu, quoi qu’il arrive. Qu’importe si écrire empêche de vivre le moment présent. Oui.

La santé, c’est moyen. La santé physique je veux dire. Il y a la peau, localement à vif. Il y a les yeux, rouges, abîmés. Il y a les dents. Les gencives qui reculent. Il faudrait arrêter de fumer mais je ne parviens même pas à l’imaginer. Le moral est pire. Je ne me plains pas, j’ai connu des heures plus sombres. Continuer la lecture de Tentative touristique 

Adulte hôtel – dernière partie

[suite de l’épisode précédent]

56. On s’habitue à tout c’est vrai. Le bruit et la crasse. Les insectes. Les toilettes au lavabo. Les rapports de force avec les proprios. Demain promis je vous règle. Le virement arrive. Demain promis. Vous avez dit ça hier déjà. Vous devez tant. Vous les aurez, vous les aurez… Combien de fois ai-je eu envie de les frapper l’une et l’autre ? Combien de fois ai-je fantasmé leur exécution ? Tous les jours sans doute entre mars et octobre 1996. Thierry les appelait les Thénardier. Cela faisait dix ans qu’il habitait ici. Il me racontait des horreurs sur eux. Comment ils avaient forcé une jeune à se prostituer pour payer le loyer. Comment si le ou la locataire les ennuyait, ils visitaient la chambre et dérobaient quelques objets, ou changeaient une serrure, mais si voyons, nous vous avions prévenu. Il inventait peut-être.

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Adulte hôtel – troisième partie

[suite de l’épisode précédent]

41. J’ai appelé mademoiselle m. en octobre 1996. Nous ne nous étions pas vus depuis mars. Je n’ai pas osé laisser de message sur le répondeur. Puis elle a déménagé. J’ai récupéré son adresse et lui ai écrit au printemps 1997. Elle n’a pas répondu. Souvent je la voyais dans la rue. Ce n’était jamais elle. En septembre 1997, je l’ai revue à la grande halle de la Villette. Elle était avec un homme. Elle est venue me voir. M’a dit que ce n’était pas utile que je lui écrive. Qu’elle était avec quelqu’un d’autre maintenant. Que c’était fini. Je n’ai rien trouvé d’intelligent à répondre, je suis allé pleurer mes bières sur la pelouse. Et j’ai cessé de lui écrire. Je n’ai pas cherché à l’appeler. Je l’ai googlée l’année dernière : elle est retournée vivre en Bretagne, elle s’est mariée. Et voilà. Je ne souhaite pas la revoir. Je n’ai rien oublié de ma vie avec elle. Je sais tout ce que je lui dois. Elle ne peut imaginer à quel point je m’en veux pour tout le mal que je lui ai fait. C’est très banal tout ça. Ça arrive tous les jours. Et voilà.

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Adulte hôtel – première partie

[Adulte hôtel est une longue nouvelle publiée ici en épisodes. Le texte complet est disponible en téléchargement ici. Elle se déroule en 1995-1996 à Levallois-Perret, ancienne ville ouvrière devenue célèbre dans les années 90 pour avoir été l’une des premières à se doter d’un système de vidéosurveillance et d’une police municipale  (l’œuvre d’un nommé Balkany). Rappelons qu’à ce moment du siècle dernier, portables et accès internet sont rares…]

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Adulte hôtel – deuxième partie

[suite de l’épisode précédent]

19. Lorsque j’ai appris le loyer de la chambre, je n’en suis pas revenu. 2500 francs par mois (450 euros). La mairie a payé les deux premiers. Puis ils-elles m’ont dit qu’ils-elles allaient cesser. Ou c’est moi qui leur ai demandé d’arrêter je ne sais plus. C’était quand j’étais fou. Ça a duré dix jours. Puis il a fallu trouver du travail pour trouver l’argent pour payer le loyer. Et devenir adulte donc.

20. Lorsque je vivais chez mademoiselle m., nous ne payions que les factures. L’appartement lui était prêté par son oncle. Et auparavant, en foyer, à la fac, je payais entre 300 et 400 francs par mois. Et souvent je touchais l’allocation logement. C’était facile.

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