Archives pour la catégorie 2010 et après

poèmes récents

En attente

Ils sont là, à portée de main. Lorsque je parviens à freiner un peu, lorsque je me repose sans musique et sans livre, je sais qu’ils sont là, en position d’attente. Il y a eu Adulte hôtel. J’avais pris un mois pour tout cracher puis des mois à revenir dessus, page après page. Je le portais depuis longtemps. Des années. Je ne l’ai jamais relu, je ne sais pas ce que ça vaut comme on dit, et je ne parviens pas à m’en moquer tout à fait. Un roman. Écrire un bon roman. C’est dérisoire et pourtant je ne désire plus grand chose d’autre. Composer une ou deux chansons peut-être. Reprendre sur scène 30 seconds over Tokyo

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John Fante, Demande à la poussière

L’école question littérature, c’était l’ennemi. On nous donnait des livres à étudier, ces livres étaient morts, ils n’avaient rien à nous apprendre, ils n’avaient rien à voir avec nos vies. Je me suis cogné Madame Bovary en seconde et j’avais trouvé ça insupportable, poussiéreux. J’ai lu Madame Bovary à Pau, à 30 ans, j’étais pauvre et désespéré, isolé comme rarement, et le style m’a ébloui, je me suis enquillé tout Flaubert dans la foulée, admiratif. L’école était un obstacle. Une lecture scolaire ne pouvait pas avoir de sens. En seconde, je fantasmais sur ma prof de français pourtant. La quarantaine, brune, petite et enrobée. Elle aimait la littérature et à quinze ans je l’aimais aussi, j’aimais tout ce qui pouvait me faire oublier la vie, mais elle enseignait une littérature française devenue respectable et inoffensive parce que tombée dans les mains des enseignants. Toutes mes claques dans la gueule venaient d’ailleurs. Continuer la lecture de John Fante, Demande à la poussière 

Arnaud Michniak, 2018, L’autre jeu

Il n’y est pour rien, tout est question de circonstances. Des vacances comme chaque printemps un peu vides sur la côte d’azur où je tourne en rond, entre jeux en ligne et l’entretien du jardin et le fils qui dort tard tous les matins, moi je ne peux pas, moi je suis crevé et me réveille à 7 heures sans pouvoir me rendormir alors je me traîne hors de la chambre puis toute la journée, enchaînant cigarette sur cigarette, un café après l’autre. Je suis en vacances alors je ne travaille pas. Ça m’occuperait mais je ne travaille pas. Continuer la lecture de Arnaud Michniak, 2018, L’autre jeu 

une année pile

c’était hier je me rappelle, c’était il y a un an et il m’a fallu crever l’abcès, il m’a fallu lui avouer qu’elle m’obsédait, que je ne vivais plus que pour la voir, l’entendre, être prêt d’elle, je ne vivais plus que pour elle. je n’ai pas su lui dire. je n’ai pas su exprimer ce que je ressentais. ni pourquoi il était indispensable qu’elle devienne – si tel n’était pas déjà le cas – amoureuse de moi sinon c’était fichu, sinon vivre n’avait plus la moindre importance et je n’ai rien su dire, je n’ai pas su terminer la moindre phrase intelligible, sensée ou sensible. j’ai juste été capable de bredouiller qu’elle m’attirait. c’était ridicule. Continuer la lecture de une année pile 

La sobriété 1

j’étais à Tours en septembre 1989 et c’était ma première soirée dans ma première chambre d’étudiant, 16 mètres carrés en centre-ville, ça coûtait une fortune à mes parents qui se sépareraient deux ans plus tard et je me sentais coupable et je suis sorti sur la place et me suis rendu à la supérette voisine pour acheter un pack de six kronenbourg
bouteille, 25 cl
je l’ai fini en deux ou trois jours
je ne sais plus
je ne l’ai pas noté je crois Continuer la lecture de La sobriété 1 

chaque moment

J’ai vécu chaque moment tu sais avec une intensité incroyable, les joies, les peurs, l’agacement et je n’imaginais pas ça possible, je ne pensais pas que c’était pour moi, j’étais trop sombre trop noir trop laid, le monde était vraiment trop… trop dégueulasse et froid.

on en parlait avec celle-là il y a plus de vingt ans et nous nous imaginions avec deux enfants, une fille, un garçon, on avait les prénoms déjà et puis nous nous sommes déchirés enfin, je suis parti en saccageant tout derrière moi et après… après il y eut ce couple malade que je formais avec celle-ci et je n’ai jamais écrit là-dessus et j’évite le plus souvent d’y repenser car on a le droit de se foutre en l’air, on a le droit de survivre en zombie sans la moindre exigence, sans le moindre respect de soi-même mais pas en prétendant aimer quelqu’un.e parce qu’on ne tient plus debout seul et lorsque celle-ci est tombée enceinte, elle a avorté et j’aurais voulu qu’on le garde et celle-ci avait raison bien sûr, comme celle-ci a eu raison de partir ensuite Continuer la lecture de chaque moment