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brèves et fatras 1992-2000

L’hébergement gratuit sur internet suppose que les données déposées sont destinées à être commercialisées sans que l’on sache comment – et ça m’ennuie. La plupart des bricoles parues sur le micro-blog brèves & fatras – textes minuscules et notes en vrac sont ici, et .

rien n’est plus sinistre au monde qu’une boîte aux lettres vide de tous les courriers amoureux avortés
sinon peut-être
en format A4 sur papier glacé
la semaine Halloween à Leclerc
et la facture d’électricité que je ne pourrai pas payer cette semaine Continuer la lecture de brèves et fatras 1992-2000 

Treize quatorze

Un événement oui. Un sacré hasard et je me revois trop vite treize quatorze ans plus tôt. Treize quatorze ans plus tôt, je ne riais pas. Ne savais pas faire. Ni rire ni marcher droit dans les rues au soleil sous le regard des filles et garçons en terrasse et tous plus beaux les uns que les autres alors que moi non, moi au contraire. Tu me succédais immédiatement à l’appel. Laurent B., Magali B. Même les profs que nous jugions cools sacrifiaient à ce rite imbécile. Qui me donnait pourtant le bonheur quotidien d’entendre tes nom et prénom tels un poème. Les joies de l’imparfait et ses mises à distance relatives. Treize quatorze ans plus tôt, je haïssais les week-ends et les vacances car alors je ne te voyais plus. Des journées inutiles. J’y lisais des livres, révisais les cours. Un garçon terne dans l’ensemble.
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Traité politique de l’ivresse

L’ouverture

Je ne regarde pas à demain. Février 2000. Je ne regarde pas à grand-chose. Le froid acide. Sec. La fatigue. La fatigue est mon alliée. Je ne regarde pas. À quoi ça servirait ? Le temps est une denrée précieuse, les parents me l’ont souvent répété. Je regarde quelqu’un, je ne regarde qu’elle.

La jeune fille s’endort chez moi et je ne demande rien d’autre, je suis comblé presque. L’observer dormir, toute reposée. En silence. Noter la bouche entrouverte, le corps alangui. Pure élégance et je n’ironise pas. Noter les détails. Les ombres cutanées, les plis inhabituels. Les poids se répartissent différemment en nocturne. Échappent à la banalité. Aux leçons de maintien. Apprendre son corps par cœur. Pouvoir la dessiner les yeux fermés, la peindre. Ses jambes sont superbes nues et elle n’a pas fini son verre. Whisky pamplemousse, comme moi. Recouvrir d’un blouson ses jambes. Enregistrer les images afin de plus tard s’en servir. Recycler. On ne sait jamais, on ne peut jamais savoir, et nous ne vivions qu’au présent. Garder des traces. Tout s’achevait tellement vite alors. Mais nous ne le savions pas. La regarder ému. La regarder jusqu’à ne plus rien voir. Accommoder la vision fatigue, j’ai un verre à terminer d’abord. Plus le sien. J’ai l’habitude, elle s’endort souvent avant moi. Elle se soigne davantage. Quels que soient les rêves de la jeune fille endormie je l’aime plus que ma vie et mes bières. Mes alcools divers. Mes Gauloises roulées main. Mes accès d’inutile cafard. La regarder. Ne respirer que son odeur. Je ne la toucherai pas, je la respecte trop. Parce que je l’aime sans doute. Ce verbe est trop con, je l’aime à ma façon et le reste n’a aucune importance. Et aussi je préfère les garçons. Je ne regarde pas à demain, je regarde par la fenêtre maintenant.

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Ainsi soit-il

– C’est pas seulement nous, ce serait trop simple, c’est toute la société qui est comme ça. Et ça dure depuis des siècles et des siècles. Tous autant qu’ils sont, ils passent leur temps à mentir, et y’en a pas un pour rattraper l’autre. Suffit d’ouvrir les yeux tu sais. Suffit de regarder ce putain de monde en face. C’est peut-être pas agréable mais c’est souvent utile… Quand Vincent attaquait sur ce mode, je ne disais plus rien. J’évitais les regards aussi, il prenait ça pour des encouragements. Je connaissais son discours par cœur et moi, ça m’intéressait peu. Je n’avais pas d’opinion. Continuer la lecture de Ainsi soit-il 

Anticipations

Anticipation 1

la dernière nuit en ces murs car demain je déménage et cette dernière nuit sera telle les 1056 précédentes à quelques unités près j’y dormirai seul m’endormirai tard me masturberai 2 fois au coucher 1 fois au soleil sans grand plaisir mais ça occupe
entre autres les mains
je ne rêverai pas j’y respirerai mal
réveillé en sueur
sans doute mal au crâne
avant le changement de décor mais le décor ne me changera pas je me connais
je me connais minimum Continuer la lecture de Anticipations 

Valérie le 27 mars 2000

Je m’use les yeux à tes courbes. Les prétextes n’ont pas manqué. Mes absences non plus. Tu t’en moques et j’aimerais savoir t’imiter. Cela dure 2 à 3 semaines où chaque jour je pense à toi. Te sachant proche. Cinquante mètres à peine. Première rue droite. Premier bar sur la gauche. M’interdisant de descendre boire. Et ce soir je craque pour ne regarder que ton corps jeune. Lisse. Tu ne t’en aperçois même pas. Tu me remarques à peine, plus transparent qu’abattu. Tu joues au baby-foot.

Quand j’entre dans le bar pour la première fois depuis x temps, tu te jettes à mon cou, réjouie, « tu nous as manqué, t’étais où ? », « j’étais ailleurs », puis tu disparais, et je ne t’entends plus de la soirée.Tu es adorable et je te regarde. Avec d’autres. Avec les autres. Je suis comme eux. Je ne vaux pas plus. Vider mon verre avant de partir. Le payer aussi. Continuer la lecture de Valérie le 27 mars 2000