Archives pour la catégorie nouvelles

Certains lieux, certaines villes

SAMEDI

Prendre la voiture et regarder l’heure, putain c’est pas vrai, avant d’ouvrir la vitre et d’élever la voix, mais magne-toi bordel, qu’est-ce que tu fous ? on a rendez-vous à quinze heures trente, son visage apparaît à la fenêtre, ça va, t’excite pas, j’arrive, et lui se retient pour ne pas la traiter de tous les noms, il en a envie mais il la ferme, il refuse de rentrer dans son petit jeu, il sait très bien où elle veut en venir. Et ce dont elle est capable. Il a l’habitude. Soupire. Reste calme mon grand, respire. Oui, c’est bien. Bientôt trois ans que ça dure, il commence à la connaître. Elle a toujours le dernier mot, ça n’en vaut pas la peine. Et puis, quand elle boude, inutile d’espérer baiser. Déjà que souvent, elle se défile.

Et comme il ne paraît pas raisonnable de lire une nouvelle de 30 pages sur ce blog, la suite est dans le fichier téléchargeable ici (pdf, 124 ko). À l’époque, je n’avais pas repris mes études, je travaillais le moins possible pour pouvoir écrire le plus possible. La situation a changé depuis. Et je venais de passer seize ou dix-huis mois dans une ville de province…

Ascension sociale

Quoi qu’il arrive, si tu ne trouves pas de boulot, si tu dois coucher pour éviter les ennuis ou augmenter ne serait-ce qu’un tout petit peu tes chances d’atteindre ton objectif, avoir un poste, quoi qu’il arrive donc, si tu tombes dans l’alcool et les tranquillisants à haute dose pour enfin parvenir à voler quelques heures de sommeil, quoi qu’il arrive, c’est de ta faute. Tu es grand, tu es responsable. Tu es un individu rationnel, tu connaissais les probabilités de réussite. On t’avait prévenu quand même. On t’avait mis en garde. À plusieurs reprises. Oui. Ne fais pas l’étonné. Ne feins pas la surprise et surtout, surtout ne joue pas l’indignation. Tu n’es plus un gamin. Épargne nous les « c’est pas juste », le cinéma en mode geignard. Il fallait écouter. Il fallait te taire et écouter.
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Le style, l’alcool et un concours raté

Bien sûr le style. C’est tout ce qui compte non ? le style. Tu sais bien. Céline, Djian, Bukowski, Selby, tous ces gens-là, tous ceux que tu ne seras jamais. Tu n’as pas pas l’audace. Tu n’as pas le style. Tu n’as pas ce qu’il faut. La flamme. Les visions. La vie qu’il faudrait, et l’élégance. Et surtout tu ne travailles pas assez. Tu crois encore à ces fables sur l’inspiration. Au lieu de reprendre tes phrases tous les jours quoi qu’il arrive, tu griffonnes trois quatre lignes de loin en loin, le plus souvent ivre, et ça ne vaut rien, tu le sais depuis le temps. Et tu continues à jouer l’écrivain, espérant sans doute impressionner des jeunes filles auxquelles tu ne sais pas parler. C’est décevant dans l’ensemble. Continuer la lecture de Le style, l’alcool et un concours raté 

Tromper ma femme

Rappel : seule la rubrique fatras de ce blog est autobiographique. Les textes des autres rubriques sont des réalités parfois personnelles et toujours alternatives…

1. Accroché

Je ne me suis pas longtemps posé la question quand elle m’a proposé de le faire. Il y a ma femme, mon gosse, la stabilité affective à laquelle je m’accroche pour rester entier. Et puis elle ne m’attire pas plus que ça. Son corps est correct, sans plus, et elle parle beaucoup trop. Elle attend, elle sourit. Reprend une gorgée de bière. Je bande bien entendu. Je souris à mon tour. Ce n’est même plus une question de morale. De principe. Si je devais tromper ma femme avec quelqu’un, je préférerais que ce soit avec une autre, avec Marion, avec Julie, je connais des jeunes femmes beaucoup plus attirantes. Continuer la lecture de Tromper ma femme 

d’une semaine l’autre

SAMEDI

Prendre la voiture et regarder l’heure, putain c’est pas vrai, avant d’ouvrir la vitre et d’élever la voix, mais magne-toi bordel, qu’est-ce que tu fous ? on a rendez-vous à quinze heures trente, son visage apparaît à la fenêtre, ça va, t’excite pas, j’arrive, et lui se retient pour ne pas la traiter de tous les noms, il en a envie mais il la ferme, il refuse de rentrer dans son petit jeu, il sait très bien où elle veut en venir. Et ce dont elle est capable. Il a l’habitude. Soupire. Reste calme mon grand, respire tout doucement. Amplement. Oui, c’est bien. Bientôt trois ans que ça dure, il commence à la connaître. Elle a toujours le dernier mot, ça n’en vaut pas la peine. Et puis, quand elle boude, inutile d’espérer baiser. Déjà que souvent, elle se défile. Continuer la lecture de d’une semaine l’autre 

Hors d’atteinte (roman)

incontinence : (XII : lat. incontinencia)
1. vx ou littér. : défaut de continence, absence de retenue à l’égard des plaisirs de la chair.
2. absence de retenue (en matière de langage).
3. méd (1752) émission involontaire de matières fécales ou d’urine. ”
Petit Robert, édition 1986.

1.
La première fois, c’était en sortant du cinéma. CGR place Saint Louis, salle 5. Trente balles la place du lundi au vendredi 18 heures. Quarante sinon. Comptez vingt bonnes minutes de pubs et dix de bandes-annonces avant le film, les unes aussi bruyantes que les autres. Juste le temps d’avaler son seau de pop-corn, son demi-litre de soda noyé en glaçons mais là j’ai oublié le tarif, je n’aime pas les sucreries. Et mes dents ne tiennent déjà plus la route. Continuer la lecture de Hors d’atteinte (roman) 

faute de mieux

Et si là je remplaçais vulgaire par médiocre, est-ce que ça ne sonnerait pas mieux ? « Assise dans le couloir en compagnie de ses amies vulgaires », « assise dans le couloir en compagnie de ses amies médiocres », ou de ses médiocres amies ? non, amies vulgaires, c’est bien comme ça. « Assise dans le couloir en compagnie de ses amies vulgaires, elle buvait son café en souriant et regardait en ma direction ». Et semblait me regarder ? et me regardait l’air de rien ?… C’est quoi la fin déjà ? Ah oui, la soirée en boîte où il la trouve en train de se faire baiser par derrière dans les chiottes alors qu’elle vomit. Il vaut mieux me regardait l’air de rien alors. Continuer la lecture de faute de mieux 

abécédaire (nouvelle)

ABDIQUER

La tentation est forte et ne cesse de grandir chaque jour, chaque nuit passée sans toi, la tentation s’obstine et m’obsède, comme un rap lourd, menaçant, un refrain bancal, des rimes approximatives, les basses résonnent et il ne sert à rien de lutter, la tentation est forte et moi je ne le suis pas mais alors pas du tout et ça ne va pas en s’arrangeant, bien au contraire. Les nuits s’allongent, je ne les aime pas. Elles sont froides, tristes. Elles sentent l’inutile. Les fins de mois ou de manifestation. Les contrôleurs SNCF en période de grève. À peine si elles existent mes nuits maintenant. Et les journées pareil sauf que le soleil y brille de temps en temps et c’est toujours ça de pris. Parfois même il réchauffe. Je m’allonge torse nu sur le plancher disjoint et ne m’endors pas et ne pense pas non plus. Je reste planté là, je n’ai rien de mieux à faire. Nul part où aller vraiment. Continuer la lecture de abécédaire (nouvelle) 

Brave/lâche garçon

C’est formidable, c’est génial, je peux être fier de moi, de mes actions, de mon attitude, la morale est sauve et je ne culpabiliserai pas et ne serai pas gêné la prochaine fois que je la croiserai et ne ferai pas d’erreur pour essayer de remettre ça, c’est formidable, oh oui, et je suis un lâche, je suis un gentil mari fidèle et c’est vraiment formidable. Je ne m’en lasse pas. Si on se lance pas des fleurs, qui le fera ? Continuer la lecture de Brave/lâche garçon 

Traité politique de l’ivresse

L’ouverture

Je ne regarde pas à demain. Février 2000. Je ne regarde pas à grand-chose. Le froid acide. Sec. La fatigue. La fatigue est mon alliée. Je ne regarde pas. À quoi ça servirait ? Le temps est une denrée précieuse, les parents me l’ont souvent répété. Je regarde quelqu’un, je ne regarde qu’elle.

La jeune fille s’endort chez moi et je ne demande rien d’autre, je suis comblé presque. L’observer dormir, toute reposée. En silence. Noter la bouche entrouverte, le corps alangui. Pure élégance et je n’ironise pas. Noter les détails. Les ombres cutanées, les plis inhabituels. Les poids se répartissent différemment en nocturne. Échappent à la banalité. Aux leçons de maintien. Apprendre son corps par cœur. Pouvoir la dessiner les yeux fermés, la peindre. Ses jambes sont superbes nues et elle n’a pas fini son verre. Whisky pamplemousse, comme moi. Recouvrir d’un blouson ses jambes. Enregistrer les images afin de plus tard s’en servir. Recycler. On ne sait jamais, on ne peut jamais savoir, et nous ne vivions qu’au présent. Garder des traces. Tout s’achevait tellement vite alors. Mais nous ne le savions pas. La regarder ému. La regarder jusqu’à ne plus rien voir. Accommoder la vision fatigue, j’ai un verre à terminer d’abord. Plus le sien. J’ai l’habitude, elle s’endort souvent avant moi. Elle se soigne davantage. Quels que soient les rêves de la jeune fille endormie je l’aime plus que ma vie et mes bières. Mes alcools divers. Mes Gauloises roulées main. Mes accès d’inutile cafard. La regarder. Ne respirer que son odeur. Je ne la toucherai pas, je la respecte trop. Parce que je l’aime sans doute. Ce verbe est trop con, je l’aime à ma façon et le reste n’a aucune importance. Et aussi je préfère les garçons. Je ne regarde pas à demain, je regarde par la fenêtre maintenant.

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