Tous les articles par Laurent Baug

Camping, 197.-198.

Où les parents trouvent-ils l’adresse ? Le guide Michelin de la région sans doute. Volumes à couverture verte, fins et hauts, sept ou huit se trouvent dans la bibliothèque familiale à côté des livres de poche. La réservation se fait par courrier ou par téléphone mais le téléphone est plus cher. Le courrier permet de verser les arrhes, enfin j’imagine. Les enfants que nous sommes ne savent pas comment ça marche, ne connaissent pas le mot arrhes, les tarifs, ne posent pas de questions, on ne leur demande pas non plus leur avis. Les parents nous disent où nous allons et de quand à quand, enfin je crois. Ils ne nous montrent pas où c’est sur la carte, ni ce qu’il y a autour. Nous allons au camping au bord de la mer, ça nous suffit. Nous sommes d’une classe et d’une époque où les enfants suivent sans poser de question. Cap Breton ce doit être en Bretagne et aux Sables d’Olonne il doit y avoir du sable et Fécamp peut bien être n’importe en bord de mer ou d’océan.

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de la mort

Rappel : le « je » de ces textes, ce n’est pas moi ; c’est parfois moi en pire ou en exagéré, rien de plus – merci.

Je compte bien vivre encore un peu. J’ai des envies, de projets. Des lieux où me rendre et des personnes avec qui refaire le monde jusque tôt le matin. Des forêts et des rivages où me perdre. Tous ces livres à lire et à relire. Apprendre quelques poèmes, écrire d’autres textes. Oui j’ai encore de quoi faire. Et il y a le gamin bien sûr. Même si j’ai déjà plusieurs fois essayé de lui expliquer que je lui avais transmis tout ce que j’avais à lui transmettre, j’ai envie de le voir grandir, devenir un homme, j’ai hâte de le voir se casser la gueule et se relever. Il y a du boulot encore, ce n’est pas fini.

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Les samedis en jaune – 1

C’était génial les premières semaines. J’attendais ça depuis longtemps. Ce parfum d’insurrection dans les rues. Ces colères multiples qui débordent et envahissent les prétendus beaux quartiers, jamais je ne me suis autant promené dans ces arrondissements là. Enfin détruire. Détruire le rituel absurde et inutile des manifestations syndicales déjà, avec ou sans cortège de tête. Pas de parcours, pas de déclaration en préfecture, pas de service d’ordre, pas de mégaphone et même pas de slogans. La Marseillaise souvent mais rien de plus. Les slogans mettront du temps à venir et seront ensuite répétés en boucle par un nombre de plus en plus réduit de personnes, « Emmanuel Macron, la tête de con, on vient te chercher chez toi » et autres « On est là, on est là, même si Macron veut pas nous on est là » et la question braillée « Gilets jaunes, quel est votre métier ? » avant que de répondre « Ahou, ahou, ahou ». Détruire un rituel puis en créer de nouveaux…

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Sur zone, Bure (2017-2018) – 1

Il n’est pas impossible que je parvienne un jour à boucler cette espèce de roman commencé il y a plus d’un an. Ce qui suit est une version provisoire de l’ « introduction ». À suivre, peut-être. Mais si je termine ce truc, malgré la fatigue et la paresse, j’essayerai d’en diffuser une version papier – je n’aime pas les écrans, je n’aime pas lire sur écran, ce blog est une contradiction en actes et lorsque j’assume moins bien mes contradictions que d’habitude, ce blog reste inactif un plus longtemps qu’accoutumé. Bonne lecture et, comme certaines le disaient au bois Lejuc, acabisous…

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Enfance sauvage – encore

« Encore ? Encore un texte  court sur un morceau quelconque d’un obscur groupe punk qui donne max dix concerts par an et que personne ou presque ne connaît ? Il n’y a pas d’autres sujets plus importants ? Je ne sais pas, le bastion social, l’extrême-droite au Brésil, la loi anti black bloc, les morts aux frontières, la forêt de Romainville, Bure, tu as l’embarras du choix je trouve, ce n’est pas un peu facile de rabâcher sans cesse les mêmes obsessions minuscules ? l’écriture, l’alcool, les fantômes, le punk, tu tournes en rond je trouve… »

Je ne choisis pas ce que j’écris. Je prends une feuille ou l’ordi et j’aligne des phrases. Je les enchaîne, je les supprime, je les laisse reposer, j’essaye de savoir si ça tient la route et si j’ai l’impression que c’est le cas, mais je peux me tromper, ce n’est pas très grave, si j’ai l’impression que ça tient la route donc, je publie. Sinon je jette. Je contrôle à peu près mon emploi du temps et ma consommation d’alcool, c’est déjà pas mal.

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Pere Ubu, 1975, 30 seconds over Tokyo

Je suis un obsessionnel et ça fait longtemps que ça dure et ça devrait durer encore jusqu’au cancer, jusqu’à la cirrhose, jusqu’à l’insuffisance respiratoire, ça devrait durer encore quelques années. Quand je tombe sur un auteur qui m’accroche, je lis tout ce que je peux trouver. Céline, des romans aux pamphlets sans oublier la correspondance. Selby. Brautigan, Despentes. Damasio, Kafka. Mais pas les biographies, ce que d’autres ont à raconter de leurs vies ne m’intéressent pas. Quand je tombe sur un éditeur qui me plaît, je lis tout. L’Association en 2002-2003, la Fabrique en 2015, la collection Une heure-lumière chez le Bélial ces temps-ci. Et la musique c’est pareil évidemment.

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En attente

Ils sont là, à portée de main. Lorsque je parviens à freiner un peu, lorsque je me repose sans musique et sans livre, je sais qu’ils sont là, en position d’attente. Il y a eu Adulte hôtel. J’avais pris un mois pour tout cracher puis des mois à revenir dessus, page après page. Je le portais depuis longtemps. Des années. Je ne l’ai jamais relu, je ne sais pas ce que ça vaut comme on dit, et je ne parviens pas à m’en moquer tout à fait. Un roman. Écrire un bon roman. C’est dérisoire et pourtant je ne désire plus grand chose d’autre. Composer une ou deux chansons peut-être. Reprendre sur scène 30 seconds over Tokyo

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