Archives du mot-clé 2017

en train, 2017

Les indications entre crochets visent à faciliter la lecture. Les trois points entre crochets signalent des coupures dans le texte de départ.

16/01/17, 20h30, hôtel Kyriad face à la gare, Rennes

C’est un carnet petit format (A5), couverture rigide, épaisses, et spirales, papier recyclé – le logo est à chaque page -, offert par Open éditions lorsque pour eux, j’ai évalué une revue afin d’aider à décider si oui ou non cette revue pouvait être hébergée sur revues.org. Ça fait partie de mon boulot. J’ai reçu à mon domicile les trois derniers numéros imprimés, un stylo bille bleu, et ce carnet. Il comprend entre 60 et 70 pages. Je n’ai pas compté, ce n’est pas indiqué. C’est un carnet, c’est une contrainte. À chacun de mes déplacements professionnels, l’avoir sous la main et brique après brique, le remplir. S’obliger chaque fois à noter ne serait-ce qu’une ou deux lignes. Ce n’est pas un journal. C’est un carnet de notes en mouvement. Continuer la lecture de en train, 2017 

carnet de Bure 3, octobre 2017

Souvent je ne dis rien. Souvent je n’ai rien d’intéressant, de pertinent ni de drôle à dire. Je préfère écouter. Je préfère regarder. Marcher aussi. Longtemps. Je ne fatigue pas lorsque je marche en forêt. Tant pis si mes pieds suent dans ces bottes en caoutchouc un peu justes. Marcher. Déplacer quelques cailloux. Mêler quelques branches. S’arrêter pour une cigarette. Ici je vis et respire mieux qu’ailleurs.

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carnet de Bure, 2 (18 février 2017)

Tous les prénoms ont été modifiés – excepté celui de Jean-Pierre* – et aucune des informations données ici n’est suffisamment réelle pour permettre l’identification de qui que ce soit.

Oui je sais, je l’ai écrit déjà, mais j’oublie ce que j’écris au fur et à mesure, d’où les redites, les répétitions et les redondances, d’où le caractère parfois obsessionnelle de certaines séquences, et j’ai donc déjà écrit que la manifestation du 18 février 2017 à Bure fut ma plus belle de l’année 2017 – certes nous ne sommes qu’en août mais je n’attends hélas rien des manifs parisiennes à venir. Continuer la lecture de carnet de Bure, 2 (18 février 2017) 

carnet de Bure, 1

Je remontais vers le bois Lejuc en compagnie d’un jeune couple arrivé en stop de Berlin* et dont c’était la première venue en terre meusienne* et le jeune homme m’a demandé en anglais qu’elle était la force du mouvement anti-nucléaire en France et j’ai improvisé une réponse approximative dans la mesure où, en vrai, je n’en sais à peu près rien. Je sais ce qui se passe à Bure depuis l’été 2016 et je sais pourquoi je suis ici en août 2017, ce n’est pas si mal. Et j’ai pensé à Bruno*, un pote d’une assemblée de quartier dans le nord-est parisien* qui, un an plus tôt, me disait que la loi travail, il s’en foutait complètement. Que Nuit debout, le cortège de tête, les assemblées et collectifs de quartier, ça allait bien au-delà de la loi travail, que cette loi n’était qu’un prétexte pour lutter en créant et en densifiant des réseaux de résistance locaux. De fait, si je suis à Bure avec ces jeunes venus de Berlin*, c’est grâce à Nuit debout. J’y ai retrouvé le goût de la lutte, j’ai repris le chemin des manifs et découvert la joie et la rage du cortège de tête. Je me suis investi dans des assemblées de quartier et dans l’une d’elles, j’ai rencontré Jean-Pierre. Et c’est en partie grâce à lui que je suis – enfin – allé à Notre-Dame-des-Landes. Et à Bure.

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user un corps

Je compte bien vivre encore un peu. J’ai des envies, des projets. Retourner à Bure. Revoir Enfance sauvage en concert, Emma Pils, les Dead Boobs. Des lieux où me rendre et des personnes avec qui refaire le monde jusque tôt le matin, si la fatigue n’est pas trop forte… Des forêts et des rivages où me perdre. M’allonger au soleil. Marcher sous la pluie. Tous ces livres à lire et à relire. Apprendre quelques poèmes, écrire d’autres textes. Oui, j’ai encore de quoi faire. Je saurai même y prendre du plaisir.

Et il y a le gamin bien sûr. Le gamin compte plus que tout le reste maintenant.
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Cortège de tête (mars – septembre 2016)

Il fallait être à Paris je crois. Les personnes à qui j’en cause et qui étaient ailleurs sont toujours étonnées de ce que je raconte. Qu’il s’agisse de l’ampleur de ce phénomène, le cortège de tête n’ayant cessé de grossir manif après manif, ou des innombrables provocations et violences policières qui ont rendu ce cortège de tête de plus en plus offensif et auto-organisé. Il fallait être à Paris, passer devant les orgas, les syndicats et leurs services d’ordre dégueulasses, les ballons, les camionnettes qui crachotent Trust – oui, en 2016, Antisocial, et pourquoi pas Un autre monde tant que vous y êtes… – ou l’atroce C’est dans la rue que ça s’passe, contourner les grandes gueules qui braillent depuis des décennies les mêmes slogans moisis, Tout est à nous, rien n’est à eux, gna gna gna, il fallait aller devant, au niveau des rangées de flics, de gendarmes, de CRS, il fallait aller vers les nuages de lacrymos. Et on y était. Et c’était beau.
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#NiPatrieNiPatron, épisode 3

C’est rigolo comme c’est retombé l’appel à lutter contre le fascisme, les textes indignés sur facebook t’expliquant qu’il faut faire barrage à l’extrême-droite là tout de suite maintenant en allant déposer un petit bulletin Macron dans l’urne, que la démocratie est en danger et qu’il faut convaincre tout le monde, tes ami.e.s, tes amant.e.s, tes voisin.e.s, ton boulanger, la caissière du Casino, tes parents, tes enfants, tout le monde doit se mobiliser et sauver la patrie des droits de l’homme (oui, il est encore des personnes pour employer cette expression aujourd’hui), et c’est retombé d’un coup. On est sauvé je pense. C’est super. On a un nouveau chef, il est plus jeune que les précédents, souriant, il a du fric, il va réussir c’est évident, vaincre le chômage, la bête immonde et les aléas climatiques avec ses dents blanches et ses jolis costumes. Le néolibéralisme a gagné, le fascisme ne peut que se renforcer.

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