à mon fils

Lettre à mon fils

Salut gamin,

je pense à toi. Je suis saoul, je me sens minable, impuissant, et je pense à toi. Lorsque tu es à mes côtés, je sers à quelque chose. Je suis utile à quelqu’un. C’est compliqué tu sais. Les certitudes, je n’en ai pas des masses. Mais un père doit dire ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui vaut la peine d’être creusé et ce qui ne l’est pas et, tous les jours, tous les jours je te le promets, tous les jours je fais de mon mieux. Souvent je m’agace. Soit tu ne veux pas comprendre, soit je ne sais pas expliquer. L’importance de l’écrit. De la lecture. L’exigence grammaticale et orthographique. Le goût du travail bien fait. De l’exercice et de l’entraînement. Je ne sais pas ce que tu deviendras. Je ne sais pas quels seront nos rapports dans dix ou vingt ans. Je n’ai pas d’expérience très concluante dans les rapports enfant-parent. Je fais de mon mieux comme mon père sans aucun doute l’a fait avant moi et ce n’est pas terrible le résultat mais je me défends aux échecs, c’est déjà ça. Tu me manques. J’ai envie de te voir, de t’entendre. C’est grâce à toi tout ça. La reprise des études, la thèse, le poste au cnrs, c’est grâce à toi. Je te dois tellement qu’il faut bien être exigeant, au minimum.

Je t’aime

23 juillet 2014

Transmission rapide

Au gamin, j’essaye de transmettre tout ce que je sais. J’essaye de lui ouvrir des pistes qu’il creusera s’il le souhaite le moment venu, de Selby à Trondheim, du punk-rock à Steve Reich. Je n’ai pas arrêté de fumer. Je n’ai pas arrêté de boire. Je ne me suis pas mis au sport. Je lui transmets tout ce que je peux et le peu auquel je crois et je le sais, il me verra crever d’ici 20 ou 25 ans et c’est bien comme ça. Durer ne m’attire pas plus que ça. Je pourrais m’arrêter maintenant sans regret, j’ai dans l’ensemble fait ce que j’avais à faire.

Sois-en convaincu gamin, j’ai donné le meilleur. Et si ça ne te satisfait pas, très bien. Trace ta route. Les parents, ça ne doit servir qu’au tout départ. La route t’appartient et à toi seul.

10 avril 2015

Forfait

Tu sais gamin, j’ai parfois l’impression, mais je peux me tromper, que pour la majorité, la question ne se pose pas. Se marier, se reproduire font partie du forfait de base. C’est normal, c’est dans l’ordre des choses, comme passer Noël en famille, ou se bourrer la gueule à Nouvel An. Ça ne faisait pas partie de mes objectifs, ça ne faisait pas même partie de mes fantasmes – même si plus d’une fois j’ai versé une larme en écoutant C’est pas du gâteau de Mano Solo. J’imaginais une autre trajectoire. Galérer des années, enchaîner les boulots précaires, mal payés, invisibles, écrire, vivre seul, traîner de ci de là, écrire, me créer un lectorat peu à peu minuscule et fidèle et, à l’usure, finir par vivre de mes textes. Cétait mon programme de vie et il n’y avait ni femme ni enfant ni statut de fonctionnaire là-dedans. La vie quotidienne me répugne, je ne bois pas pour rien, même si j’évite de boire tant que tu n’es pas couché… Être mari et père font du quotidien un horizon indépassable et pourtant, grâce à toi, j’arrive à y prendre du plaisir. Je ne regrette rien et, même s’il m’arrive encore de me demander parfois ce que je fais là, ça me plaît de le vivre. Merci gamin.

novembre 2015

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