Archives pour la catégorie Écrire sur le rock

Pere Ubu, 1975, 30 seconds over Tokyo

Je suis un obsessionnel et ça fait longtemps que ça dure et ça devrait durer encore jusqu’au cancer, jusqu’à la cirrhose, jusqu’à l’insuffisance respiratoire, ça devrait durer encore quelques années. Quand je tombe sur un auteur qui m’accroche, je lis tout ce que je peux trouver. Céline, des romans aux pamphlets sans oublier la correspondance. Selby. Brautigan, Despentes. Damasio, Kafka. Mais pas les biographies, ce que d’autres ont à raconter de leurs vies ne m’intéressent pas. Quand je tombe sur un éditeur qui me plaît, je lis tout. L’Association en 2002-2003, la Fabrique en 2015, la collection Une heure-lumière chez le Bélial ces temps-ci. Et la musique c’est pareil évidemment.

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Arnaud Michniak, 2018, L’autre jeu

Il n’y est pour rien, tout est question de circonstances. Des vacances comme chaque printemps un peu vides sur la côte d’azur où je tourne en rond, entre jeux en ligne et l’entretien du jardin et le fils qui dort tard tous les matins, moi je ne peux pas, moi je suis crevé et me réveille à 7 heures sans pouvoir me rendormir alors je me traîne hors de la chambre puis toute la journée, enchaînant cigarette sur cigarette, un café après l’autre. Je suis en vacances alors je ne travaille pas. Ça m’occuperait mais je ne travaille pas. Continuer la lecture de Arnaud Michniak, 2018, L’autre jeu 

Les Deads boobs : Ta France

Ça commence à bien faire. J’ai eu envie d’écrire ce texte dès que ce morceau a été mis en ligne, le 23 février dernier donc. Et ça va faire deux mois que je ne prends, que je ne trouve pas le temps, et ça m’agace car c’est typiquement le genre de texte qui peut avoir un tout petit intérêt s’il est écrit et mis en ligne rapidement. Donc tant pis. Ce ne sera pas abouti, ce sera bancal et ça manquera de finesse, de nuance, de tout ce que vous voudrez. Mais bon. Ça commence à bien faire donc voilà.
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Enfance sauvage, 2015, Je suis un village la nuit

Je ne connais pas leurs noms, leurs parcours, je les ai vu une fois sur scène à la parole errante, le concert a commencé avec un retard énorme et ils ont abrégé leur set mais j’ai vu la playlist et ils n’avaient pas prévu de jouer Je suis lucide, dommage, dommage car j’en suis persuadé, cette chanson est l’une des branches à laquelle je me suis raccroché lorsqu’après le 13 novembre 2015 j’ai sombré, ce morceau a été une de mes rares béquilles avec quelques amies proches et ma femme et mon fils mais bon, le concert était extraordinaire, le son des deux basses résonne encore dans mon crâne et il est rare encore aujourd’hui que je voyage en train sans écouter au moins une fois très fort au casque Immeuble mou, Je suis lucide ou Nous les chiens. Cela me réveille, cela me rend vivant davantage. Enfance sauvage est avec Emma Pils et quelques autres l’un des beaux secrets de la scène alternative contemporaine.
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Mano Solo, la malédiction du premier album

Peut-être est-ce dû à l’âge, au contexte social et affectif du moment et ça n’a sans doute rien à voir avec la qualité intrinsèque des albums, c’est peut-être uniquement dans ma tête, je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que certains artistes avec leur premier album parviennent de façon quasi miraculeuse à saisir, à capturer leur époque. Lorsque je bois des bières tard le soir avec mes jeunes collègues, ce que je fais très peu souvent en raison de mes contraintes familiales ordinaires, j’attaque sur La marmaille nue et je tente de les convaincre que, pour savoir ce qu’était la vie à Paris* au début des années 90, le premier album de Mano Solo est plus utile que l’ensemble des archives de l’époque**. Continuer la lecture de Mano Solo, la malédiction du premier album 

Arnaud Michniak et la fidélité

C’est difficile la fidélité, que ce soit en couple ou en musique. Je n’aime plus ce que fait Arnaud Michniak alors que je le tiens pour l’un des chanteurs les plus importants des vingt dernières années. Je télécharge ses albums sur bandcamp, je les écoute, je saute les morceaux les uns après les autres, ça ne va pas, ça ne me plaît pas, je ne les réécoute jamais mais ne parviens pas à les jeter. Lorsque je lis ses textes, ça va, je le retrouve mais cette façon de les chantonner, cet accompagnement musical anémié, c’est pénible, c’est pénible mais je garde. Je lui reste fidèle. Il est trop important, trop précieux et je dois continuer à lui faire confiance. C’est une question d’éthique. Continuer la lecture de Arnaud Michniak et la fidélité 

« Pas pour l’argent, pas pour les gens » : les Dead Boobs

Commençons par ce qui fâche.
1. le nom. Ils répètent à Saint-Maur, ils se nomment les dead boobs. Super drôle.
2. le côté homophobe. Sans doute du quatorzième degré mais j’ai du mal quand même. Comme l’introduction du morceau Patrons (« les patrons c’est tous des enculés / faut leur couper la bite à tous ces sodomites »). Le pire c’est en concert lorsque Jean-Louis/Maxime, chanteur guitariste, demande à un type dans le public comment il s’appelle, « Machin Bidule » et le groupe se met à jouer « Le plus gros des pd, c’est Machin Bidule ». Oui, c’est encore du quatorzième degré mais quand on a traîné dans le milieu gay avant l’arrivée des trithérapies, il y a des attitudes qui passent mal… Continuer la lecture de « Pas pour l’argent, pas pour les gens » : les Dead Boobs 

Emma Pils : la rage, le talent, plus l’attitude

Il y a dans le minuscule milieu punk parisien actuel une course à la radicalité qui peut parfois laisser songeur. Tel groupe se fera une règle de ne donner que des concerts de soutien ou, à la rigueur, des concerts gratuits. Tel autre proposera l’intégralité de ses titres gratuitement sur bandcamp. Un troisième se fera un point d’honneur de vendre ses disques (vinyl, nécessairement vinyl) à prix coûtant. Envisager que jouer puisse rapporter plus que du plaisir est a priori suspect.

Emma Pils est peut-être le groupe qui pousse cette logique le plus loin : pas de page facebook, pas de vidéo sur youtube*, refus de jouer dans certaines salles – le groupe a débattu un moment avec de jouer à la mécanique ondulatoire,  – un bar désagréable avec videur à l’entrée certes, mais un bar où la salle, les tarifs et la programmation sont corrects -, intégralité des albums en téléchargement libre sur leur propre site. Et si l’on choisit le format mp3, un pop-up nous précise gentiment que c’est un format non libre et de qualité médiocre, alors que les autres formats proposés sont libres et de meilleure qualité. Animant leur propre site, ils ont fait en sorte qu’il soit impossible de partager une chanson ou une vidéo : impossible donc de les mettre contre leur gré sur n’importe quel « viewer capitaliste à la con ».  S’il était possible de ne pas être référencé par google, je suis certain que ce groupe le ferait aussitôt. Continuer la lecture de Emma Pils : la rage, le talent, plus l’attitude 

Bruce Springsteen, Nebraska, 1982

Il doit exister au bas mot 50 biographies de Bruce Springsteen dont 45 préfacées par cet escroc d’Antoine de Caunes tout comme il doit exister 150 biographies des Rolling Stones dont 124 préfacées par cet abruti de Philippe Manoeuvre – je ne parle là que du marché français, je ne connais pas les équivalents anglophones de ces deux guignols – et il n’est donc pas utile de situer le personnage, sa trajectoire, le côté exemplaire de sa carrière et de son attitude. Ce type a tout pour inspirer le respect. Il n’a pas trahi sa classe, il est resté un prolétaire tout en devenant millionnaire et j’ai lu suffisamment de comptes-rendus de concerts de ce type ces trente dernières années pour savoir qu’il est d’une générosité sans bornes. Et pourtant, et ça ne date pas d’hier, hormis une poignée de titres (The river, Thunder road, que des titres sortis avant Born in the USA donc) et un album (Nebraska, 1982), sa musique m’ennuie. Qu’il soit un type bien ne change rien à l’affaire.
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