Archives pour la catégorie politique

Ah, anti, anticapitaliste

Il faudrait… et comme il y a dix ou vingt ans, chaque fois que je commence une phrase au conditionnel, j’ai envie de m’arracher l’avant-bras à coups de dents ou de me mordre un oeil mais je suis trop vieux ou fatigué ou trop les deux pour ne pas savoir que conditionnel ou futur ou présent ne change rien à l’affaire. Il faudrait, il faudra, il faut, ça reste ces petites résolutions auxquelles on s’accroche pour croire quelques secondes ou semaines que le combat n’est pas perdu. Lol. Mdr. Ptdr. Tout ce que vous voudrez. Croire qu’il est possible de changer quoi que ce soit. De modifier sa trajectoire. Prendre de bonnes résolutions n’est pas une option viable.
Nos vies contemporaines sont tout aussi routinières et normées que celles de nos arrière-arrière-grands-parents, nous avons simplement un niveau de confort matériel plus élevé – ce qui ne veut pas dire que nous vivons mieux -, un niveau de surveillance qui ne cesse de croître et une soif de consommer du divertissement sans limites et ça tombe bien, c’est exactement ce que le système actuel nous offre, c’est bien fichu. Et ça nous plaît. Ça marche. On serait dans la rue sinon. Armes à la main, visages masqués. Prêts à en découdre. On brûlerait ordinateurs et portables sinon. Banques et assurances seraient en flammes. On ferait des potagers à la place.

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carnet de Bure, 4 (aujourd’hui, maintenant)

Dire qu’il faut écrire à l’imparfait maintenant. C’était un endroit magique le bois Lejuc. J’y ai passé quelques semaines qui comptent parmi les plus intenses de ma vie. À mal manger, à très mal dormir, à avoir peur, souvent. À m’ennuyer. À m’agacer pour rien. À ramasser du bois. À entretenir le feu et à éplucher des légumes. À me réveiller chaque nuit, j’ai cru entendre un bruit de pas, un bruit de moteur, je me redresse, au pire m’habille pour surveiller le chemin depuis vigie sud car on le sait, les gendarmes peuvent intervenir à tout moment, on se prépare au pire. C’était épuisant la vie en forêt. J’en revenais sale, lessivé et pourtant, je restais une ou deux semaines, jamais plus, j’étais un touriste. C’était crevant. Cela en valait la peine.

Se réveiller à l’aube aux Karen et voir le soleil découper la silhouette des arbres puis la brume tombe et recouvre la lisière et les sentiers. Je suis vivant comme je l’ai rarement été. C’est fini. C’est nul.

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carnet de Bure 3, octobre 2017

Souvent je ne dis rien. Souvent je n’ai rien d’intéressant, de pertinent ni de drôle à dire. Je préfère écouter. Je préfère regarder. Marcher aussi. Longtemps. Je ne fatigue pas lorsque je marche en forêt. Tant pis si mes pieds suent dans ces bottes en caoutchouc un peu justes. Marcher. Déplacer quelques cailloux. Mêler quelques branches. S’arrêter pour une cigarette. Ici je vis et respire mieux qu’ailleurs.

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carnet de Bure, 2 (18 février 2017)

Tous les prénoms ont été modifiés – excepté celui de Jean-Pierre* – et aucune des informations données ici n’est suffisamment réelle pour permettre l’identification de qui que ce soit.

Oui je sais, je l’ai écrit déjà, mais j’oublie ce que j’écris au fur et à mesure, d’où les redites, les répétitions et les redondances, d’où le caractère parfois obsessionnelle de certaines séquences, et j’ai donc déjà écrit que la manifestation du 18 février 2017 à Bure fut ma plus belle de l’année 2017 – certes nous ne sommes qu’en août mais je n’attends hélas rien des manifs parisiennes à venir. Continuer la lecture de carnet de Bure, 2 (18 février 2017) 

carnet de Bure, 1

Je remontais vers le bois Lejuc en compagnie d’un jeune couple arrivé en stop de Berlin* et dont c’était la première venue en terre meusienne* et le jeune homme m’a demandé en anglais qu’elle était la force du mouvement anti-nucléaire en France et j’ai improvisé une réponse approximative dans la mesure où, en vrai, je n’en sais à peu près rien. Je sais ce qui se passe à Bure depuis l’été 2016 et je sais pourquoi je suis ici en août 2017, ce n’est pas si mal. Et j’ai pensé à Bruno*, un pote d’une assemblée de quartier dans le nord-est parisien* qui, un an plus tôt, me disait que la loi travail, il s’en foutait complètement. Que Nuit debout, le cortège de tête, les assemblées et collectifs de quartier, ça allait bien au-delà de la loi travail, que cette loi n’était qu’un prétexte pour lutter en créant et en densifiant des réseaux de résistance locaux. De fait, si je suis à Bure avec ces jeunes venus de Berlin*, c’est grâce à Nuit debout. J’y ai retrouvé le goût de la lutte, j’ai repris le chemin des manifs et découvert la joie et la rage du cortège de tête. Je me suis investi dans des assemblées de quartier et dans l’une d’elles, j’ai rencontré Jean-Pierre. Et c’est en partie grâce à lui que je suis – enfin – allé à Notre-Dame-des-Landes. Et à Bure.

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Cortège de tête (mars – septembre 2016)

Il fallait être à Paris je crois. Les personnes à qui j’en cause et qui étaient ailleurs sont toujours étonnées de ce que je raconte. Qu’il s’agisse de l’ampleur de ce phénomène, le cortège de tête n’ayant cessé de grossir manif après manif, ou des innombrables provocations et violences policières qui ont rendu ce cortège de tête de plus en plus offensif et auto-organisé. Il fallait être à Paris, passer devant les orgas, les syndicats et leurs services d’ordre dégueulasses, les ballons, les camionnettes qui crachotent Trust – oui, en 2016, Antisocial, et pourquoi pas Un autre monde tant que vous y êtes… – ou l’atroce C’est dans la rue que ça s’passe, contourner les grandes gueules qui braillent depuis des décennies les mêmes slogans moisis, Tout est à nous, rien n’est à eux, gna gna gna, il fallait aller devant, au niveau des rangées de flics, de gendarmes, de CRS, il fallait aller vers les nuages de lacrymos. Et on y était. Et c’était beau.
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#NiPatrieNiPatron, épisode 3

C’est rigolo comme c’est retombé l’appel à lutter contre le fascisme, les textes indignés sur facebook t’expliquant qu’il faut faire barrage à l’extrême-droite là tout de suite maintenant en allant déposer un petit bulletin Macron dans l’urne, que la démocratie est en danger et qu’il faut convaincre tout le monde, tes ami.e.s, tes amant.e.s, tes voisin.e.s, ton boulanger, la caissière du Casino, tes parents, tes enfants, tout le monde doit se mobiliser et sauver la patrie des droits de l’homme (oui, il est encore des personnes pour employer cette expression aujourd’hui), et c’est retombé d’un coup. On est sauvé je pense. C’est super. On a un nouveau chef, il est plus jeune que les précédents, souriant, il a du fric, il va réussir c’est évident, vaincre le chômage, la bête immonde et les aléas climatiques avec ses dents blanches et ses jolis costumes. Le néolibéralisme a gagné, le fascisme ne peut que se renforcer.

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#NiPatrieNiPatron, épisode 2

C’est un peu pénible à lire donc je ne les lis pas mais rien que de les voir passer jours et nuits c’est pénible, tous ces statuts facebook, tous ces éditos, toutes ces déclarations, ces slogans, ils se ressemblent tous, ils jouent tous la carte du chantage et de l’émotion, ils puent la morale et les bons sentiments, c’est Oui-oui vote aux présidentielles, ou Martine, comme vous voudrez, et c’est quand même super lourd, c’est à peu près aussi lourd que cette phrase est longue et encore, je me retiens, quand j’ai commencé à écrire je pouvais faire des phrases sans ponctuation qui courraient sur des cinq ou dix pages, je pense que c’est à cause de Bleu comme l’enfer de Djian mais bon, c’est une autre et ancienne histoire.

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#NiPatrieNiPatron, épisode 1

En 2002 je ne votais déjà pas, je n’étais pas inscrit déjà et franchement, l’élimination de Jospin au premier tour, ça m’avait fait plutôt plaisir. Je n’avais fait aucune des manifs appelant à voter Chirac, pardon, à « faire barrage contre l’extrême-droite » et « la jeunesse emmerde le front national* » et « F comme fasciste et N comme nazi » et blablabla. J’avais été à la manif du premier mai et le nombre de drapeaux tricolores et d’ahuri.e.s braillant la marseillaise m’avait fait repartir très vite. Et on connaît la suite : Super Menteur élu avec 82% des suffrages exprimés et une bonne grosse politique de droite derrière. Bien. Quinze ans plus tard, ça donne quoi ? Je la fais rapide parce que ça ne mérite pas non plus d’y passer des heures tout ça. Un banquier d’affaire ultra-libéral, une réactionnaire xénophobe. Et les injonctions commencent…
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