quelques traces

je n’ai plus grand chose à écrire
certes je pourrais varier le style
m’imposer des contraintes
ponctuation / vocabulaire / forme / mais non
l’écriture m’aidait lorsque j’étais seul et malheureux
je ne suis plus vraiment seul
je ne parviens plus vraiment à être malheureux
j’ai perdu l’habitude de prendre la vie au sérieux

l’écriture m’a aidé à grandir, à me tenir droit
maintenant je préfère boire ou jouer ou lire ou revoir The Wire pour la quatrième fois ou travailler ou naviguer sur la toile de zones en zones ou réécouter tout Pere Ubu par ordre chronologique ou… écrire c’est vraiment lorsque je n’ai rien d’autre à faire
dans un train sans wifi
saoul quand la famille dort et je griffonne quelques mauvaises lignes en silence sur le canapé

à Port-Marly tandis que mes fils et ses potes jouent au paintball – et je voyais ces abrutis d’adultes jouant à la guerre et j’avais envie de leur gueuler dessus, mais allez donc à la zad, allez à Roybon, allez au Kurdistan ou au Val Susa, barrez-vous ! Les gamins, je peux comprendre mais vous ? Je n’ai rien dit évidemment. Suis parti marcher. Me suis posé. Une cigarette. Un nouveau cahier (Oxford, A5, 50 pages, vert), un crayon et saisir ce qui se présente… Ce n’est plus de la littérature. Juste quelques traces sur le sable. Et c’est très bien comme ça.

Port-Marly, 13 mai 2018

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